Italy


 

Discours de Gaëlle Josse

Pour une Europe aux voix multiples

 

 

 

Lorsque j’ai été sollicitée pour parrainer cette édition 2016 du Prix littéraire des Jeunes Européens, peu après ma réception du European Union Prize for Litérature 2015, j’ai accepté avec le plus grand plaisir, puisqu’il s’agissait de réunir deux des domaines qui me sont les plus chers, la littérature et les langues.

 

Le continent des lettres est infini, et c’est pour chacun d’entre nous un enrichissement perpétuel, et aussi un plaisir, de multiplier les découvertes, d’entrer dans des cultures autres, dans des univers inattendus, qui à chaque fois nous font réaliser à quel point l’humain est universel. Ce qui nous touche, nous séduit, nous blesse, nous surprend ou nous révolte est universel, et c’est ce socle commun à l’humanité que la littérature, les livres nous offrent d’appréhender.

 

La curiosité, l’ouverture à l’autre sont des axes majeurs pour moi, dans ma vie, et dans ce que j’écris. Je tiens donc à saluer ce Prix qui porte haut tout ce en quoi je crois.

 

Je tiens à saluer aussi le choix des lauréats, au terme d’une sélection exigeante et variée, où tant de livres de grande qualité se sont côtoyés. Ava Olafsdottir, donc, pour l’Exception, un livre qui questionne, non sans fantaisie, non sans humour, mais avec une terrible acuité, le couple, les choix de vie, le courage d’être soi-même.

Le coup de cœur attribué à Elvira Dones, pour Une petite guerre parfaite, donne à voir et interroge la guerre en Europe, non une guerre abstraite de politiciens ou d’économistes, par médias interposés, mais ce qu’est la guerre, dans l’horreur de son quotidien, dans la souffrance des âmes et des corps, dans les peurs et dans les deuils.

Le prix des Étudiants francophones, remis à Amours, de Leonor de Récondo, un très beau livre, un livre tendre et réparateur, déjà récompensé à de nombreuses reprises, et qui continue à nous émouvoir.

 

J’aimerais ajouter un mot pour rendre hommage à ceux dont on parle rarement, mais sans qui la plupart des livres du domaine étranger nous demeureraient inaccessible. Il s’agit des traducteurs, dans leur travail solitaire, dans leur extrême discrétion, dans leur présence invisible et essentielle. La musique d’une langue, la force d’une histoire, la voix d’un auteur ne tiennent qu’à leur travail, à leur connaissance parfaite de deux mondes, de deux langues, et à leur talent pour saisir cet impalpable qui rend un livre, une écriture, uniques.

 

Lier et relier, c’est là pour moi tout le sens de ce Prix. Avoir les yeux toujours plus grands ouverts sur le monde, contribuer à sa diversité et accueillir ses voix multiples, c’est ce que nous pouvons faire de mieux pour le comprendre et lui apporter, chacun d’entre nous, avec ce que nous sommes, un peu de cet apaisement dont il manque tellement aujourd’hui.